Il y a quelque chose de juste à transmettre une langue là où elle a vécu, respiré, circulé pendant des siècles. C’est ce que propose désormais un enseignant spécialisé en nissart, qui vient d’établir ses cours à Cagnes-sur-Mer, élargissant ainsi l’accès à cet idiome du littoral provençal au-delà de Nice et sa région.
Le nissart — cette langue romane parlée historiquement par les communautés côtières et marchands du comté de Nice — s’est peu à peu effacé du quotidien des Niçois et Ligures. Or, elle porte en elle une part irremplaçable de l’identité maritime locale : vocabulaire des métiers de la pêche, des saisons en mer, des savoirs-faire transmis oralement entre générations de pêcheurs et armateurs du Vieux Nice. Des termes pour nommer les filets, les saisons de chalutage, les vents qui modelaient les traversées côtières.
S’implanter à Cagnes-sur-Mer n’est pas anodin. Située à une dizaine de kilomètres de Nice, cette commune conserve une vie portuaire authentique : ses bateaux de pêche côtoient toujours les quais du port Lympia étendu, et ses familles dont les racines plongent profondément dans l’histoire du littoral demeurent attachées au territoire. Cagnes redevient ainsi un foyer d’apprentissage culturel, là où le nissart garde encore une présence palpable dans les conversations des anciens, dans les patronymes des familles établies depuis plusieurs générations.
L’initiative répond à une demande réelle : redécouvrir les couches linguistiques qui façonnent l’identité côtière, au moment même où les territoires littoraux s’interrogent sur leur patrimoine immatériel. Le nissart figure au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2008, reconnaissance qui n’a cependant pas enrayé son déclin. Les cours réguliers offrent à ceux qui en expriment le besoin une structure formelle pour apprendre, plutôt que de compter sur la transmission familiale, devenue intermittente.
Pour ceux qui vivent, travaillent ou se promènent sur ces rivages, apprendre le nissart n’est pas un exercice folklorique. C’est un lien tangible avec les voix qui ont nommé chaque métier de la mer, chaque coin rocheux, chaque saison de pêche. Une manière de relire le territoire non plus comme une carte, mais comme un palimpseste vivant de paroles.
Cagnes-sur-Mer accueille désormais ces cours réguliers, offrant à ses habitants une porte d’entrée vers cette langue qui murmure encore, pour qui sait l’écouter, depuis les murs des vieux ports jusqu’aux arrière-salles des restaurants de poisson. Un apprentissage qui redonne au littoral niçois une profondeur historique et linguistique souvent oubliée.