Sur la Côte d’Azur, le frelon asiatique n’est plus une menace lointaine. Depuis quelques années, ce prédateur vorace s’installe durablement en Provence-Alpes-Côte d’Azur, décimant les colonies d’abeilles et fragilisant un écosystème côtier déjà sous tension. À Cannes, les apiculteurs locaux ont décidé de passer à l’offensive en testant un prototype prometteur : la harpe électrique.
Arrivé en France via le port de Bordeaux en 2004, le Vespa velutina a progressé régulièrement vers le sud. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est désormais l’une des plus touchées, avec des foyers établis de Marseille à Menton. À Cannes, où les ruches se répartissent entre les jardins cannois et l’arrière-pays grassois, l’impact économique commence à se faire sentir : certains apiculteurs rapportent des pertes de 30 à 40 % de leurs colonies depuis 2022.
Ce dispositif, mi-piège mi-barrière énergétique, fonctionne selon un principe simple mais ingénieux. Les frelons sont attirés par les vibrations et les phéromones, puis électrocutés en franchissant la structure. Contrairement aux pesticides classiques, la méthode préserve les abeilles et limite la contamination des miels — un argument de poids pour une région où l’apiculture artisanale reste une filière fragile mais identitaire. Le label « miel de Cannes » ou les productions provençales jouissent d’une reconnaissance auprès des restaurateurs côtiers et des circuits de vente directe.
« C’est un petit espoir, même s’il est encore trop coûteux et pas simple à mettre en place », reconnaît l’une des associations locales impliquées dans le test. Et c’est là le cœur du problème : le prix du dispositif, estimé à plusieurs centaines d’euros par unité, reste prohibitif pour la plupart des petits apiculteurs familiaux de la région. L’installation technique demande aussi une certaine expertise, ce qui limite sa démocratisation rapide.
Pour les producteurs côtiers — ruche en terrasse cannoise ou en arrière-pays niçois — cette expérimentation représente néanmoins une lueur. Elle montre qu’on réfléchit à des solutions autres que l’épandage chimique, une approche que défendent également les associations environnementales littorales. Le vrai défi sera maintenant de réduire les coûts et de former les utilisateurs pour que cet outil devienne accessible d’ici deux ou trois ans, quand le frelon asiatique aura probablement consolidé son implantation en méditerranée française.
Une subvention régionale pourrait accélérer le processus. Les élus locaux, conscients des enjeux économiques et écologiques, étudient actuellement des dispositifs d’aide. D’ici là, la harpe électrique demeure l’une des rares pistes crédibles pour un apiculteur soucieux de préserver son exploitation sans recourir massivement à la chimie.