À Cagnes-sur-Mer, c’est désormais possible : apprendre le nissart, cette langue d’oc parlée depuis le Moyen Âge sur le littoral du comté de Nice. Un enseignant réputé, fort de son expérience niçoise, a ouvert un nouveau centre de cours dans la commune, reconnaissant qu’il existe une véritable demande sur le front de mer.
Le nissart n’est pas qu’une curiosité folklorique : c’est un vecteur d’identité côtière, intimement lié à l’histoire des échanges marchands, de la pêche et de la vie portuaire de la Riviera. Les pêcheurs, les ostréiculteurs, les familles de marins utilisaient ce dialecte pour se transmettre le savoir maritime, les conditions de mer, les techniques de récolte. Une langue tissée dans le quotidien des ports, du Vieux-Nice à Villefranche, jusqu’aux villages de l’arrière-pays.
Parler nissart, c’est préserver une mémoire de territorialité menacée par l’homogénéisation touristique. Le dialecte compte environ 5 000 locuteurs natifs restants, selon les associations régionales. Cette érosion explique pourquoi des initiatives pédagogiques gagnent du terrain : sans transmission structurée, la langue risque de disparaître avec ses derniers narrateurs.
Le professeur, dont la réputation s’est bâtie à Nice sur plusieurs années d’enseignement, explique son choix : « Parler la langue ancestrale, ça a du sens. » Cette conviction trouve un écho auprès des associations de préservation du patrimoine côtier. Elles considèrent que la langue n’est pas séparable de la connaissance des écosystèmes littoraux, des saisons de pêche, de la relation entre l’homme et la mer.
À Cagnes-sur-Mer, commune historiquement tournée vers la pêche et l’aquaculture, cette réouverture pédagogique s’inscrit dans un mouvement plus large de revalorisation des savoirs côtiers. Le Conservatoire du littoral et collectivités locales soutiennent des démarches similaires pour ancrer les populations dans leur héritage maritime. La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, notamment, intègre depuis peu l’enseignement des langues régionales dans ses politiques culturelles.
Les cours, ouverts à tous les niveaux, débutent progressivement. L’offre couvre du nissart élémentaire aux cours de conversation pour locuteurs désireux de perfectionner une langue souvent entendue en famille sans avoir été formellement apprise. Pour qui souhaite se réapproprier cette langue, il n’est jamais trop tard : elle se parle, elle s’écoute, elle se transmet.