C’est un scénario qui illustre les frictions silencieuses de nos baies côtières : mardi matin en rade de Nice, un pratiquant de kitesurf et un bateau-bus de transport urbain se sont trouvés à proximité dangereuse. L’incident, sans dommage matériel ni blessé, soulève une question bien réelle pour les gestionnaires portuaires et les collectivités : comment cohabiter quand les espaces maritimes deviennent saturés ?
La rade de Nice concentre depuis une dizaine d’années des usages fragmentés : ferries commerciaux, navettes côtières, activités de loisir nautique, trafic de plaisance et pêche professionnelle. Le bateau-bus, service de mobilité urbaine développé pour réduire la congestion routière, a progressivement densifié le trafic local. Les kitesurfeurs et windsurfeurs, eux, se sont installés dans les zones moins encombrées, cherchant des fenêtres de vent régulières loin des navires.
Cet accrochage insolite n’est pas isolé. Sur d’autres façades — Bretagne, baie de Somme, Méditerranée — les autorités maritimes documentent une augmentation des « near miss » entre activités incompatibles. La Préfecture maritime méditerranéenne travaille depuis 2022 à une meilleure délimitation des zones de pratique, en collaboration avec les clubs nautiques locaux.
Pour les professionnels du littoral — pêcheurs, transporteurs, exploitants de ports — la question est pragmatique : une rade qui fonctionne est une rade avec des règles claires. La sécurité, d’abord. Mais aussi la préservation des corridors pour les activités qui font vivre le territoire.
Nice envisage désormais une cartographie dynamique des usages maritimes, inspirée de modèles suisses et scandinaves. Un projet qui prendra du temps, mais qui reconnaît enfin ce que les usagers savent : la mer ne s’étend pas, mais nous sommes de plus en plus à la fréquenter.