L’ultratrail s’impose comme l’une des disciplines les plus exigeantes du sport français. Sur les crêtes de la Côte d’Azur ou les chemins du Mercantour qui dominent la Méditerranée, des femmes courent 50, 80, parfois 100 kilomètres d’affilée. Mais un aspect de leur préparation reste peu documenté : comment gérer un effort ultra-long durant la période menstruelle ?
Selon les professionnels de santé interrogés, il n’existe pas de risque intrinsèque si les apports énergétiques sont suffisants. Cette affirmation change la donne. Pendant plusieurs jours de flux, l’organisme féminin connaît des variations hormonales qui affectent l’absorption de fer, le stockage du glycogène et la performance musculaire. Or, sur un parcours montagnard exigeant—pensons à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc ou aux 80 kilomètres du Grand Trail Côte d’Azur—chaque calorie compte.
Les ultratrailleuses des Alpes-Maritimes et du Var rapportent des stratégies empiriques : augmenter légèrement l’apport calorique lors des ravitaillements, privilégier les aliments riches en fer (fruits secs, pâtes complètes), anticiper une fatigue accrue en phase lutéale. Quelques-unes ajustent leur calendrier d’entraînement selon leur cycle. Mais peu de guides d’entraînement mainstream abordent cette réalité. Le tabou persiste, même dans les communautés du trail.
Cette question touche aussi les autres femmes du littoral : nageuses en eau libre du Var, kayakistes en baie de Saint-Tropez, surfeuses des Landes. Pour les professionnelles—monitrices de trail, guides de montagne, athlètes contratées par des sponsors—l’enjeu devient économique. Mal préparée, une période menstruelle peut signifier annuler une course, perdre des contrats, ou risquer un surtraining qui compromet plusieurs semaines d’entraînement.
Quelques collectifs régionaux commencent à inverser cette tendance. Des cliniques du sport en Provence-Côte d’Azur intègrent désormais la physiologie menstruelle dans le suivi des athlètes féminines. Des forums privés d’ultratrailleuses échangent des protocoles : dosage de magnésium, timing des efforts intensifs, gestion des fluides.
Le Comité National du Trail français commence à intégrer ces données dans ses recommandations. Un changement discret, mais qui reconnaît enfin que le corps des femmes qui courent en montagne n’est pas un tabou sportif, mais une réalité physiologique à respecter. Pour ces athlètes du littoral et de l’arrière-pays, c’est déjà une victoire : celle d’une parole dénuée de gêne.