Dix-huit millions pour sauver la flotte française

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Dix-huit millions pour sauver la flotte française

Face à l'envolée du gasoil maritime, l'État débloque 18 millions pour soutenir une flotte française en eaux troubles.

La facture énergétique des chalutiers français atteint des sommets. Depuis deux ans, le prix du gasoil maritime a explosé, comprimant les marges des armateurs et transformant chaque sortie en mer en calcul financier serré. Cette aide de 18 millions d’euros, formalisée au Journal officiel ce dimanche, arrive comme une respiration pour des professionnels qui font tourner l’économie des ports de l’Atlantique et de la Méditerranée.

Le décret précise le mécanisme d’attribution et encadre les conditions d’accès à cette enveloppe exceptionnelle. Les petits chalutiers côtiers, les fileyeurs et les caseyeurs — ces métiers fragiles de la pêche artisanale — figurent parmi les premiers bénéficiaires identifiés. Les bassins producteurs comme celui du golfe de Gascogne, déjà fragilisés par les restrictions halieutiques et la raréfaction de certains stocks, ont particulièrement besoin de cet amortisseur économique. En Bretagne Sud, où Concarneau reste le premier port français de pêche franche, les armateurs chiffrent désormais le surcoût énergétique à 30 % du prix de revient d’une journée en mer.

Mais cette aide pose aussi une question plus large : jusqu’à quand les pêcheurs français dépendront-ils des subventions pour compenser des coûts d’exploitation devenus insoutenables ? La transition énergétique des flottilles reste embryonnaire. Quelques navires testent les biocarburants ou l’électrification hybride — l’armement Bénéteau expérimente actuellement des propulsions mixtes en Méditerranée — mais le changement d’échelle tarde. Pendant ce temps, les équipages de Concarneau, de Saint-Guénolé ou de Sète rationalisent leurs trajets et réduisent les jours de mer, fragilisant à la fois les stocks biologiques et la viabilité économique des petites entreprises qui structurent ces communautés portuaires.

Le vrai enjeu demeure : innover pour transformer des coques de bois et d’acier en unités de production moins dépendantes des énergies fossiles. À Lorient ou à Boulogne-sur-Mer, quelques chantiers navals étudient des modèles de navires moins gourmands. Mais sans soutien durable à la recherche et à la reconversion, l’industrie française ne rattrapera pas ses concurrents espagnols ou néerlandais, mieux équipés en capital d’innovation.

Cet argent gagne du temps — trois, quatre mois peut-être — mais ne résout pas l’équation structurelle d’une pêche française prisonnière des fluctuations des marchés énergétiques mondiaux. Entre la crise climatique qui réorganise les stocks halieutiques et la volatilité géopolitique des cours du pétrole, les pêcheurs français naviguent en eaux particulièrement agitées.

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