Le Premier ministre a confirmé la reconduction des aides au carburant pour les pêcheurs jusqu’au 31 décembre 2024. Cette mesure, qui concerne aussi les agriculteurs et le BTP, répond à la persistance de coûts énergétiques élevés dans ces secteurs structurellement dépendants des hydrocarbures.
Pour la flotte côtière française, cette prolongation représente un enjeu économique majeur. En Atlantique comme en Méditerranée, le carburant absorbe entre 20 et 30 % des frais d’exploitation des petits et moyens chalutiers selon les zones de pêche. En golfe du Lion, sur les côtes bretonnes ou en Manche, les armateurs naviguent sur des marges étroites qui laissent peu de place aux variations tarifaires. Un litre de gazole maritime, oscillant entre 0,60 et 0,80 euro avant la crise énergétique de 2022, a atteint des pics de 1,20 euro, réduisant sensiblement la rentabilité des sorties.
Depuis 2022, les professionnels ont d’ailleurs contraint leurs calendriers : réduction du nombre de sorties, trajets raccourcis, limitation des stocks à bord. Certains navires sont restés à quai plusieurs jours par semaine. Cette aide, en couvrant partiellement la différence tarifaire, évite un repli supplémentaire de l’activité et des volumes débarqués dans les halles aux poissons de ports comme Lorient, Boulogne-sur-Mer, Port-Vendres ou Le Guilvinec.
Elle maintient l’équilibre fragile des ports de pêche régionaux, dont l’activité rayonne au-delà du secteur maritime sur l’économie locale. Les mareyeurs, les poissoneries, les restaurants côtiers dépendent de ces approvisionnements réguliers. Un arrêt de la flottille crée un effet domino : moins de poissons frais vendus, moins de commandes aux fournisseurs, moins d’emplois directs et indirects.
Les modalités de cette aide restent à préciser pour 2024. L’État, via le fonds d’amortissement des charges d’exploitation (FACE), avait versé plusieurs centaines de millions d’euros depuis 2022. Le gouvernement devra arbitrer entre un maintien du système actuel ou une réorientation vers des mesures plus ciblées selon les catégories de navires et les zones géographiques.
Cette décision intervient alors que la question de la transition énergétique des flottes devient incontournable. Quelques armateurs testent des carburants alternatifs ou réduisent leur consommation par des innovations technologiques, mais l’investissement demeure inaccessible pour la majorité des petites entreprises de pêche artisanale.