Le cri du cœur des travailleurs varois est unanime : « On morfle ». Entre les routes littorales qui épousent les contours de la Méditerranée et l’absence chronique de transports collectifs dignes de ce nom, l’automobile demeure un passage obligé pour qui vit et gagne sa vie sur la côte provençale. Marins-pêcheurs rejoignant leur port d’attache, ouvriers des chantiers navals de La Seyne-sur-Mer, employés des hôtels et restaurants de Hyères ou de Bormes-les-Mimosas : tous subissent de plein fouet l’envolée des carburants.
Pour les professionnels de la mer, l’impact est particulièrement sensible. Les patrons pêcheurs, qui naviguent depuis les ports varois — Toulon, Saint-Tropez, Cavalière — jusqu’aux zones de pêche méditerranéennes, voient exploser le coût du gasoil marin. C’est un surcoût direct qui se répercute sur le prix de vente du poisson et des crustacés, du bar sauvage au poulpe. Les exploitants conchylicoles des parcs à huîtres du littoral, eux aussi très mobiles, comptent chaque litre comme une part de leur marge. Une sortie en mer représente désormais plusieurs centaines d’euros supplémentaires, quand les prix de vente stagnent.
La géographie du Var explique cette vulnérabilité. Pas de gare TER significative entre Toulon et Saint-Raphaël. Les quelques lignes côtières, comme celle reliant Le Lavandou à Hyères, offrent une maille bien trop lâche. Les navettes routières demeurent rarissimes, fragmentées, inadaptées aux horaires décalés du secteur touristique et de la pêche. Il faut compter quarante kilomètres depuis Bormes jusqu’aux chantiers de La Seyne ; pas moins de trente depuis Hyères. Chacun prend sa voiture — souvent un vieux modèle, consommateur.
Au-delà du porte-monnaie, cette tension expose une réalité trop souvent oubliée : l’économie côtière française reste profondément dépendante du réseau routier. Ni piste cyclable aménagée de manière continue, ni liaison ferroviaire efficace ne suppléent cette vulnérabilité structurelle. Le littoral varois, fragmenté par les reliefs du Massif de l’Esterel, ne facilite guère l’équipement en transports alternatifs.
Les travailleurs du Var ne demandent pas l’impossible. Ils demandent simplement à ne pas choisir entre remplir leur réservoir et nourrir leur famille — un dilemme que bien peu, en dehors du littoral, comprennent vraiment. Le débat sur la décarbonation de l’économie côtière reste suspendu, pendant que les charges s’accumulent et que les marges, déjà étriquées, se réduisent davantage.