Soulac-sur-Mer : l’archéologue des bunkers oubliés

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Soulac-sur-Mer : l’archéologue des bunkers oubliés

À Soulac-sur-Mer, Jean-Paul Lescorce documente depuis des décennies les vestiges du Mur de l'Atlantique que l'érosion menace.

Sur les plages de Soulac-sur-Mer, en Gironde, les tempêtes hivernales charient plus que des embruns. Elles déterrent régulièrement des vestiges du Mur de l’Atlantique, cette ligne de défense édifiée par l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Depuis des décennies, c’est Jean-Paul Lescorce qui se charge de redonner sens à ces fragments de béton dispersés le long de la côte aquitaine.

À 89 ans, cet homme-orchestre cultive une passion peu commune : l’archéologie du littoral girondin. Là où d’autres ne voient que des décombres, Lescorce identifie des vestiges de blockhaus, des traces de la vie quotidienne de Soulac avant la Libération. Son travail ne se limite pas à inventorier. Il documente, classe, contextualise — autant de gestes qui permettent aux habitants et aux visiteurs de comprendre comment cette côte atlantique a traversé l’histoire. Ces bunkers, construits entre 1942 et 1944 sur environ 2 700 kilomètres de littoral français, constituent une archive bétonnée de l’occupation.

Soulac, station balnéaire fin de siècle devenue ville fortifiée, offre un terreau particulier à cette archéologie. Les vestiges émergent irrégulièrement des sables, révélant des sections de fortification, parfois des artefacts du quotidien des soldats. Lescorce a constitué une base de données impressionnante, cartographiant chaque découverte, notant les conditions de mise au jour, les dimensions des ouvrages. Ce travail minutieux transforme des fragments en histoire lisible.

L’enjeu dépasse la curiosité historique. À mesure que l’érosion côtière s’accélère — Soulac recule de près d’un mètre par an par endroits, sous l’effet conjugué de la montée des eaux et des tempêtes plus fréquentes — ces témoignages matériels disparaissent. Les bunkers deviennent des repères oubliés, puis des ruines englouties. Lescorce agit contre l’oubli méthodique, participant à ces initiatives locales où patrimoine et écologie côtière se nouent inévitablement. Son travail de documentation prend valeur de sauvegarde : quand le béton s’engloutit, au moins la mémoire demeure.

Son engagement rejoint les préoccupations plus larges du littoral français : comment préserver la mémoire collective quand l’érosion efface les traces ? Comment transmettre aux générations futures l’histoire des territoires maritimes ? À Soulac, la réponse porte un nom et des décennies de marches en bord de plage, carnet à la main. Une leçon qu’autres communes côtières commencent à peine à apprendre.

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