En Côtes-d’Armor, Plancoët reste un point d’achoppement entre aménageurs et riverains. Le projet de déviation, régulièrement évoqué depuis plusieurs décennies, resurgit dans les débats locaux — d’où son surnom de « serpent de mer ». Cette commune, carrefour historique sur les routes du littoral breton, peine à trouver l’équilibre entre fluidité du trafic et qualité de vie.
Située à une vingtaine de kilomètres à l’est de Dinan, Plancoët occupe une position stratégique : c’est le passage quasi obligé pour qui se rend vers Saint-Cast-le-Guildo, Erquy ou la baie de Saint-Brieuc. La RN176 traverse directement le bourg, transformant les rues en couloir routier dès les premiers beaux jours. Le nœud du problème reste inchangé : un bourg ancien, aux façades du XVIIIe siècle encore visibles, traversé par des flux automobiles importants. L’été particulièrement, quand les touristes en route vers les plages gonflent le trafic de 40 à 60 %, selon les estimations de la chambre de commerce locale.
Les commerçants du centre évoquent une nuisance sonore persistante, une vibration permanente des vitrines, une difficulté à attirer une clientèle qui préfère contourner le chaos. Les résidents des étages supérieurs parlent de sommeil fragmenté. Certains élus plaident pour une route contournant le centre-bourg afin de préserver le caractère du village et relancer l’activité commerciale de cœur de bourg.
Mais une déviation expose des réalités moins visibles. Elle signifierait consommation de terres agricoles — Plancoët reste entouré de bocage productif —, fragmentation des habitats naturels pour les espèces forestières, et potentiellement une exposition accrue aux polluants routiers pour les zones rurales alentour. L’Arguenon, fleuve côtier dont les eaux alimentent les étangs communaux, serait également concerné. C’est un enjeu qu’Ifremer et les associations côtières suivent de près dans le contexte des contaminations aux nitrates et pesticides.
Les élus restent partagés. Certains y voient une nécessité pour développer l’attractivité touristique et économique locale, justifiant d’ailleurs l’effort par des comparaisons avec les contournements de Dinan ou Lamballe. D’autres craignent que le projet n’artificialise un territoire déjà sous pression d’étalement urbain. Les études d’impact environnemental commandées n’ont pas levé les ambiguïtés.
Entre urgence pratique et prudence écologique, Plancoët incarne une tension structurelle du littoral breton : comment absorber la mobilité croissante sans sacrifier les paysages et les équilibres qu’on cherche justement à protéger ? Faute de solution miracle, le débat s’éternise.