Le port de Nice s’est figé jeudi sous la pression des pêcheurs professionnels, mobilisés contre l’explosion des prix du gasoil. Le blocage a eu des répercussions directes : un ferry de Corsica Ferries, chargé de passagers, a dû patienter au large, incapable de rejoindre son quai. Une paralysie qui illustre la fragilité d’une économie côtière où chaque maillon dépend de la stabilité des coûts énergétiques.
Pour les pêcheurs côtiers de la Côte d’Azur, le gasoil représente jusqu’à 40 % des frais d’exploitation. Une augmentation brutale rend rapidement les sorties en mer non rentables — particulièrement pour les petits chalutiers et les barques de pêche artisanale qui ciblent les espèces locales : rougets, sars, poutine. Sans subvention ou stabilisation tarifaire, nombre de professionnels envisagent l’arrêt définitif de leur activité. La côte niçoise, où subsistent environ 150 navires de pêche immatriculés, concentre une flotte vieillissante dont la majorité opère à moins de 50 kilomètres du littoral.
Ce n’est pas un incident isolé : depuis la crise énergétique de 2022, les ports français connaissent des actions similaires. Marseille, Boulogne-sur-Mer, La Rochelle ont tous connu des périodes de tension. Les organisations syndicales demandent un système de compensation sur le carburant maritime, aligné sur celui de certains pays européens — l’Espagne et l’Italie maintiennent des taux de TVA réduits sur le carburant maritime depuis plusieurs années.
Au-delà du conflit social, c’est l’équilibre du littoral niçois qui vacille. Les restaurants de quartier — les petits établissements de la vieille ville et du port Lympia — dépendent pour grande partie de l’approvisionnement en poisson local. Une diminution de la flotte active réduit aussi les prises, fragilisant cette chaîne et accélère l’abandon de savoirs-faire transmis depuis des générations. Le savoir-faire des patrons pêcheurs, leur connaissance des fonds méditerranéens et des espèces saisonnières, constitue un patrimoine immatériel difficile à reconstituer une fois disparu.
La question ne se limite pas à Nice. Le Syndicat des pêcheurs professionnels des Alpes-Maritimes souligne que les marges bénéficiaires se sont érodées de 30 % en trois ans. Le blocage de jeudi n’est qu’un symptôme d’une question plus large : comment maintenir une pêche professionnelle viable sur la Méditerranée française, tout en préservant l’identité gastronomique et paysagère d’une région où la tradition maritime reste centrale au récit urbain.