Le trail, c’est d’abord une affaire de solitude face à la montagne. Sauf quand Benjamin Berkoukchi s’engage sur les parcours de Nice by UTMB. Depuis plusieurs années, cet athlète des Alpes-Maritimes a vu se constituer autour de lui un véritable « kop » de supporters — ces groupes de fans bruyants et bienveillants qu’on associe davantage aux stades qu’aux chemins rocailleux surplombant la Méditerranée. « Pour un sport individuel, je n’avais jamais vu ça », confie-t-il lui-même, surpris par l’énergie collective qui l’accompagne.
Ce phénomème révèle quelque chose d’authentique : comment un athlète du littoral méditerranéen devient le reflet d’une communauté, celle des passionnés de montagne et de mer qui vivent sur les hauteurs de Nice. Les supporters ne se contentent pas de suivre un coureur ; ils incarnent une relation vivante au territoire. Entre la baie des Anges et les sommets du Mercantour, Nice by UTMB s’inscrit dans une géographie à la fois extrême et intimiste, où les dénivelés frôlent les 3 000 mètres sur quelques kilomètres seulement.
Nice by UTMB — branche méditerranéenne de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc — demande aux coureurs de traverser des zones protégées, des crêtes vertigineuses et des vallées où la nature reste sauvage. Les parcours épousent les contours de la Côte d’Azur : le circuit de 80 kilomètres frôle le Pic de Baudon et redescend vers Villefranche-sur-Mer. Les conditions y sont exigeantes et techniques, alternant sentiers d’altitude et passages rocheux où l’erreur coûte cher.
Berkoukchi incarne cette figure du traileur méditerranéen : celui qui court les terres entre la mer et le ciel, qui connaît chaque pierre du massif, qui représente une certaine éthique du mouvement en montagne. Ses victoires successives — notamment lors des éditions récentes — lui ont permis de bâtir un statut particulier : ni vedette de stade, ni simple coureur de fond, mais athlète ancré à un territoire.
Cette mobilisation de supporters, loin d’être anecdotique, témoigne d’une transformation culturelle du trail en France. De discipline ultra-marginale il y a dix ans, le trail est devenu une pratique de partage et d’appartenance locale. Le long des chemins niçois, des groupes organisés se positionnent aux points clés du parcours : au col de Turini, à Peille, aux abords de Levens. Ils chantent, encouragent, créent une atmosphère rare pour un sport où l’isolement prime habituellement.
Les supporters de Benjamin Berkoukchi ne suivent pas seulement un athlète : ils célèbrent une relation vivante à la terre niçoise, à l’effort collectif, à la beauté austère des pentes côtières. C’est cette symbiose qui fait de Nice by UTMB bien plus qu’une simple course — un événement territorial où chacun se reconnaît.