Les Écologistes franchissent un cap électoral. À moins de trois ans du scrutin présidentiel, le parti dévoile ses propositions pour le littoral français, un secteur longtemps relégué aux marges des débats nationaux. Au cœur du projet : un fonds spécifique destiné à financer la transition écologique des territoires côtiers et une refonte en profondeur des modèles de pêche.
Le programme cible directement l’économie halieutique, secteur fragilisé par la surpêche, le changement climatique et les tensions commerciales post-Brexit. Les Écologistes proposent d’accompagner les pêcheurs vers des pratiques moins extractivistes — petite pêche artisanale, aquaculture durable, diversification des revenus — plutôt que de subventionner le maintien de flottes industrielles. Une approche qui rompt avec des décennies de gestion technocratique.
Sur le terrain, cette réorientation concerne des régions entières. En Bretagne, où la flotte de chalutiers demeure l’une des plus puissantes d’Europe, la transition serait substantielle. En Normandie, les terres d’élevage de coquilles Saint-Jacques et les pêcheries côtières devraient s’adapter. En Charente-Maritime, les ostréiculteurs — dont l’activité repose déjà sur des équilibres fragiles — y trouveraient un cadre moins volatil. Cette géographie du changement dessine une nouvelle économie côtière.
Le fonds envisagé ciblerait aussi la restauration des écosystèmes côtiers : marais salants de Guérande, herbiers de Méditerranée, estuaires de la Loire et de la Gironde. Ces milieux, dégradés par l’urbanisation et l’artificialisation, deviendraient des priorités d’investissement public. Le programme adresse également les communes littorales confrontées à l’érosion et à la montée des eaux — une urgence visible en Aquitaine, où certains villages côtiers perdent plusieurs mètres par an.
Aucun chiffre n’a été fourni pour l’heure, mais l’intention de sortir le littoral du régime budgétaire classique des ministères représente en soi un changement de paradigme. Plutôt que des subventions sectorielles dispersées, un fonds unique permettrait une vision intégrée des enjeux côtiers.
Pour les professionnels de la mer — ostréiculteurs, chalutiers, pêcheurs côtiers — cette proposition représente une bifurcation nette. Elle reconnaît enfin que la survie des côtes et celle de leurs habitants sont indissociables. Elle pose aussi une question de viabilité : comment financer cette transition sans sacrifier les communautés qui vivent du littoral depuis des générations ?
Reste à voir si ce programme trouvera une traduction législative et des ressources réelles. Le littoral français, fragmenté entre intérêts privés, logiques administratives et pressures climatiques, attend des actes concrets, pas seulement des discours électoraux.