En 1969, Jacques Deray pose sa caméra dans une villa de la Côte d’Azur et y enferme quatre personnages autour d’une piscine. Ce qu’il capture n’est pas un lieu, mais l’érosion du désir et de la possession. Le film devient l’une de ces rares œuvres où le décor n’est jamais neutre.
Un été bloqué entre quatre murs bleus
La piscine n’est pas qu’un accessoire de luxe. Chez Deray, c’est une prison transparente. Le bassin artificiel, carrelé, chloré, devient le centre d’une géométrie mortelle où Alain Delon et Romy Schneider incarnent un couple en apparence soudé, but traversé par des fissures invisibles. Lorsque des amis arrivent pour l’été 1968, l’eau stagnante du bassin commence à refléter des tensions qui couvaient. Le film se déploie comme une chambre de pression : quatre adultes, une propriété fermée, et nulle part où s’échapper vraiment.
L’eau comme miroir du regard
Ce qui fait la force de cette mise en scène, c’est l’absence de fuite visuelle. La Côte d’Azur n’est jamais un horizon salvateur, ni une promesse de liberté. Les vitres épaisses, les murs crème, le ciel blanc de midi transforment ce décor réel en chambre étanche. La piscine elle-même, avec son bleu uniforme, devient moins un lieu de détente qu’un observatoire mutuel. Chaque plongée, chaque sortie de l’eau est une exposition du corps face aux regards des autres. Deray comprend quelque chose que le cinéma oublie souvent : un lieu n’est jamais beau s’il enferme du désenchantement.
Le duo Delon-Schneider au miroir du lieu
Le choix de cette propriété paradisiaque — c’est le terme qu’emploie le scénario — révèle une ironie que seul le cinéma peut filmer : la perfection du décor ne console rien. Alain Delon et Romy Schneider, devenus inséparables à l’écran, incarnent ici non pas l’amour mais son poids. L’eau, censée rafraîchir, pèse. La lumière méditerranéenne, prétendument bénéfique, expose chaque mensonge. Cette villa côtière devient le décor où leur couple mythique se fissure sous nos yeux, où l’image publique craque sous le poids de l’intime.
Une Côte d’Azur sans douceur
Le film sort en 1969 et rencontre un public international séduit, mais ce succès cache une vérité plus amère : Deray a peint la Côte d’Azur sans la caresser. Pas de plages dorées pour se perdre, pas de villages provençaux chatoyants, pas de restaurants en terrasse où oublier. Juste une propriété fermée, une eau chlorée qui pique les yeux, et quatre êtres qui découvrent que le confort suffoque autant que la pauvreté. Le cinéaste français ne cherche pas à séduire par le décor, mais à asphyxier lentement par sa perfection même.
La piscine de Deray reste gravée moins comme symbole de glamour côtier que comme preuve d’une intuition : les plus beaux décors deviennent des cages lorsqu’on y enferme la jalousie. Le film consolide durablement l’image du duo Delon-Schneider, mais pas celle qu’on espérait — celle d’un couple heureux. Plutôt celle d’une harmonie qui se dérobe, filmée sur fond de bleu, sous un soleil qui ne pardonne rien.