Irak : l’or noir traverse les eaux du Golfe

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Irak : l’or noir traverse les eaux du Golfe

L'Irak exporte son pétrole par le détroit d'Ormuz, passage stratégique où convergent impératifs économiques et fragilité environnementale.

Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, concentre les enjeux géopolitiques du Moyen-Orient. Ce passage maritime de 55 kilomètres de large voit transiter chaque année un tiers du pétrole mondial, dont une part croissante provient d’Irak. Ses rives escarpées et ses eaux peu profondes par endroits en font l’un des goulets d’étranglement énergétiques les plus importants de la planète.

Deuxième producteur du Golfe Persique après l’Arabie Saoudite, l’Irak exporte la majorité de son pétrole par voie maritime. Cette dépendance est structurelle : plus de 90 % du budget de Bagdad provient des revenus pétroliers. Les gisements irakiens — notamment ceux de Basra et du sud-est — alimentent des terminaux portuaires comme Khor Al-Amaya et Al-Bakr, d’où partent quotidiennement des tankers vers les marchés mondiaux. Réduire les expéditions signifierait compromettre le financement des services publics et des efforts de reconstruction, alors que le pays sort d’une décennie de conflits.

Les tensions régulières autour du détroit, dues aux enjeux iraniens et aux patrouilles navales des grandes puissances, n’ont pas ralenti les convois irakiens. Le gouvernement ne peut se permettre aucune interruption économique, même face aux risques de conflit. Entre 2019 et 2023, plusieurs incidents — attaques de drones, tensions navales — ont rappelé la volatilité de la région. Pourtant, les navires poursuivent leur transit. Cette persistance révèle le dilemme des États côtiers du Golfe : naviguer entre stabilité économique et risques croissants pour l’environnement marin.

Les écosystèmes du Golfe Persique et de la mer d’Oman restent parmi les plus vulnérables aux incidents pétroliers. Les récifs coralliens de la région, les mangroves côtières d’Oman et les zones de reproduction du poisson-chat irakien sont particulièrement sensibles. Un déversement majeur — comparable à la catastrophe de 1991 lors de la guerre du Golfe — pourrait dévaster ces habitats pour décennies. Les autorités irakiennes disposent de peu de capacités de dépollution maritime, renforçant cette fragilité.

L’impasse demeure : l’Irak ne peut diversifier son économie assez rapidement pour réduire sa dépendance pétrolière, tandis que la communauté internationale hésite à investir massivement dans la région. Entretemps, les tankers chargés traversent le détroit, porteurs d’une richesse nationale et d’une menace environnementale qui pèsent sur les eaux du Golfe.

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