Sur la côte basque, les dunes ne sont pas qu’un paysage. Elles constituent une barrière naturelle essentielle contre l’avancée de l’océan, un enjeu qui s’intensifie à mesure que l’érosion s’accélère. Entre Biarritz et Bayonne, Anglet concentre des enjeux majeurs de préservation littorale.
Ces formations de sable, stabilisées par des espèces végétales adaptées comme l’oyat et le pin maritime, freinent la pénétration de l’eau salée et amortissent la violence des tempêtes. Le système fonctionne selon une logique éprouvée : la végétation dunaire retient les grains de sable, crée des micro-reliefs qui ralentissent les flux hydriques, et constitue une zone tampon contre les surcotes marines. À Anglet, cette protection naturelle s’étend sur environ 7 kilomètres de côte, une zone particulièrement soumise aux tempêtes atlantiques d’automne et d’hiver.
Or, l’urbanisation progressive et le piétinement touristique dégradent ces écosystèmes fragiles. Les passages non régulés détruisent les rhizomes de l’oyat, la végétation se raréfie, et le sable devient mobile. Résultat : les communes environnantes sont directement exposées aux risques de submersion. Les tempêtes de 2009 et 2017 ont rappelé brutalement cette vulnérabilité, avec des dégâts aux infrastructures littorales et aux habitations proches du trait de côte.
Le Conservatoire du littoral mène depuis plusieurs années un travail méticuleux de restauration. Des cheminements balisés ont été mis en place pour canaliser la fréquentation, des replantations de pins maritimes et d’espèces locales ont été entreprises, et des panneaux pédagogiques jalonnent désormais le littoral angletais. Ces actions restent néanmoins insuffisantes face à l’ampleur des besoins. La sensibilisation demeure parcellaire : habitants et visiteurs méconnaissent souvent à quel point ces formations végétales conditionnent la viabilité des territoires côtiers.
Une exposition organisée à Anglet revient précisément sur cette géographie méconnue, rappelant le rôle fondamental des forêts littorales et des systèmes dunaires. Elle documente les espèces endémiques, l’histoire des aménagements côtiers depuis le XIXe siècle, et les trajectoires possibles du trait de côte selon les scénarios climatiques.
Protéger les dunes n’est pas qu’une question esthétique ou naturaliste. C’est investir directement dans la résilience du littoral basque, dans la pérennité des activités touristiques et agricoles, et dans la sécurité des résidents. Cette responsabilité partagée entre gestionnaires publics, habitants et visiteurs commence par la reconnaissance simple : ces formations de sable fragiles sont, littéralement, ce qui nous sépare de la mer.