Sur les plages hyéroises, un conflit d’usages peu visible mais tenace oppose les chasseurs de canard aux habitants et touristes qui fréquentent ces espaces. « C’est hallucinant qu’ils aient le droit de chasser sur la plage », dénoncent les riverains mobilisés, pointant l’incongruité d’autoriser cette pratique sur un site touristique majeur du Var.
La chasse au canard, pratique traditionnelle en Provence-Côte d’Azur, s’exerce durant la période automnale et hivernale sur les zones humides et littorales. Hyères, qui s’étend sur 45 kilomètres de côtes entre le massif des Maures et les îles d’Hyères, concentre un patrimoine lagunaire particulier : ses salins et étangs côtiers constituent des aires d’hivernage essentielles pour l’avifaune migratoire. Or cette même configuration géographique attire chaque année plusieurs centaines de milliers de visiteurs, désireux de profiter de plages accessibles et d’une douceur climatique hivernale.
La superposition de ces usages révèle une tension fondamentale. Baignade, promenade et observation ornithologique se heurtent à l’activité cynégétique, créant des situations où la sécurité n’est pas garantie. Les associations locales et collectifs de résidents exigent une clarification des zones de chasse, voire une interdiction sur certains secteurs fréquentés. Ils argumentent que la fréquentation des plages hyéroises s’intensifie en toutes saisons—contrairement aux années 1960-1980 où l’hiver marquait un creux touristique—rendant ces pratiques historiquement ancrées potentiellement incompatibles avec les nouveaux usages.
La mairie de Hyères, ainsi que les services de la Préfecture maritime et de la Direction départementale des territoires, devront arbitrer entre le respect des droits cynégétiques établis par la réglementation française et la préservation du caractère balnéaire et touristique du littoral. C’est un enjeu qui dépasse la chasse : celui de la définition des usages de la mer et de la plage à l’époque où le littoral concentre de plus en plus de pratiques concurrentes—du tourisme de masse au bien-être côtier, en passant par la protection de la biodiversité et les activités nautiques.
Cette mobilisation s’inscrit dans une réflexion plus large sur la gouvernance des espaces littoraux, où les pratiques historiques doivent trouver leur place face aux nouveaux usages. Le cas d’Hyères n’est pas isolé : plusieurs communes méditerranéennes et atlantiques connaissent des arbitrages similaires. La question reste ouverte : comment concilier mémoire territoriale et évolution des modes de vie littoraux ?