Sur les plages fréquentées d’Hyères, une pratique ancienne suscite une mobilisation inédite. La chasse au canard, autorisée sur certains secteurs du littoral varois, divise résidents et estivants qui questionnent la compatibilité entre cette activité et l’usage récréatif intensif de ces espaces. « C’est juste hallucinant qu’ils aient le droit de chasser sur la plage », résume l’inquiétude des opposants, pour qui la présence d’armes en zone baignée pose des risques évidents.
La question soulevée par les associations locales dépasse le simple enjeu de cohabitation. Elle interroge l’équilibre fragile entre usages traditionnels du littoral — la chasse fait partie du patrimoine côtier méditerranéen — et la transformation progressive de ces zones en espaces de loisir et de détente. Les communes littorales doivent arbitrer entre le maintien de droits d’usage historiques et les attentes croissantes des populations urbaines venues chercher calme et sécurité au bord de mer.
Hyères, destination touristique majeure du Var avec ses îles d’Hyères et ses plages aménagées, concentre cette tension de façon particulièrement aigüe. Située à proximité de Toulon et desservie par les axes côtiers majeurs, la ville a connu une fréquentation estivale croissante ces deux dernières décennies. La chasse au canard y reste réglementée selon le calendrier cynégétique national — généralement de septembre à janvier — et les zonages préfectoraux, mais cette légalité ne suffit pas à apaiser les craintes concernant les tirs à proximité des baigneurs, des enfants et des sports de plage.
Le calendrier de chasse chevauche partiellement la période touristique d’automne, créant des situations où chasseurs et visiteurs partagent les mêmes espaces littoraux. Certaines plages hyéroises, notamment celles du secteur de la Presqu’île de Giens, restent ouvertes à la pratique cynégétique selon des horaires délimités. Les associations de défense des baigneurs demandent un renforcement de la séparation spatiale et temporelle des usages.
Pour les collectivités du littoral, le dossier demande une réflexion plus large : comment préserver les pratiques ancrées dans la culture côtière sans sacrifier l’attractivité touristique et la sécurité des usagers ? Cette mobilisation hyéroise intervient dans un contexte où d’autres communes côtières — de la Côte d’Azur à la Méditerranée occidentale — se posent déjà la question. Elle n’est que le symptôme d’une tension qui gagne progressivement les littoraux français, révélant les difficultés d’une gestion contemporaine des espaces partagés.