Francine Brochot n’était pas une simple chroniqueuse. Pendant des années, elle a documenté la vie du Lavandou avec la précision d’une ethnologue et l’affection d’une habitante. Collaboratrice régulière de Var-Matin, elle s’était imposée comme une voix incontournable pour comprendre les transformations du petit port varois — ses évolutions touristiques, ses tensions entre développement et préservation, ses saisons de pêche aux poutines et ses tempêtes méditerranéennes.
Sur la côte varoise, où les journalistes locaux jouent un rôle crucial de lien entre les marins, les élus et les citadins, Francine représentait cette fonction de mémoire collective. Elle suivait les dossiers qui font le quotidien des côtes : la qualité des eaux de baignade, la vie des ports de pêche, les initiatives de tourisme durable, les crises environnementales qui frappent régulièrement la région. Son regard mêlait curiosité journalistique et respect pour les métiers de la mer.
Le Lavandou, commune de moins de 3 500 habitants nichée entre Bormes-les-Mimosas et Le Rayol-Canadel, dépend de ces correspondants de presse pour raconter son identité au-delà des brochures touristiques. Située à mi-chemin entre Hyères et Saint-Raphaël, cette petite station balnéaire connaît depuis deux décennies une pression touristique croissante — le nombre de visiteurs estivaux dépasse largement les capacités infrastructurelles du territoire. Francine incarnait cette forme de journalisme de proximité qui documente les enjeux réels : les pics de fréquentation en juillet-août, la sauvegarde des herbiers de posidonie en baie de Cavalière — ces prairies sous-marines essentielles à l’équilibre méditerranéen —, les difficultés économiques des petits professionnels du secteur maritime face aux mutations économiques.
Elle avait suivi, par exemple, les débats autour du projet de port d’accueil pour plaisanciers, les tensions concernant les zones de mouillage, ou encore les conséquences du changement climatique sur la pêche locale. Ses articles restituaient l’évolution des pratiques : comment les saisonniers d’autrefois cèdent progressivement la place aux résidents permanents, comment les petits chalutiers côtiers disparaissent, comment les terrasses gagnent sur les anciens ateliers de réparation navale.
Avec son départ disparaît une archive vivante de la côte varoise. Les lecteurs de Var-Matin perdent une voix familière qui donnait sens et profondeur aux événements côtiers, qui connaissait les noms des pêcheurs, les histoires derrière les dossiers administratifs. C’est là le vrai poids de ces disparitions : pas de grands titres, mais l’absence d’une présence qui tenait ensemble le tissu informatif d’un territoire, qui rendait visible ce qui aurait pu rester invisible.