Fos-sur-Mer mise sur le carburant d’aviation durable

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Fos-sur-Mer mise sur le carburant d’aviation durable

Fos-sur-Mer accueille la première unité française de carburant d'aviation durable, redéfinissant son rôle de port méditerranéen.

Sur le quai H4 de Fos-sur-Mer, l’un des plus grands ports de la Méditerranée, un projet prend forme qui cristallise les tensions entre transition énergétique et économie portuaire. Le port s’associe au dépôt pétrolier DPF pour développer une unité de production de carburant d’aviation durable (SAF). Une première en France qui fait converger deux mondes : celui de l’aéronautique décarbonée et celui des infrastructures côtières traditionnelles.

Fos-sur-Mer, depuis des décennies, incarne la puissance industrielle du littoral méditerranéen. Raffineries, terminaux pétroliers, trafic conteneurisé : le port vit au rythme de l’économie fossile. Situé à l’embouchure du Rhône, à 50 kilomètres à l’ouest de Marseille, Fos dessert un arrière-pays industriel dense et constitue une porte d’entrée majeure pour les hydrocarbures en Europe méditerranéale. Cette association avec DPF signale une réorientation, même partielle, vers des énergies moins carbonées. Le carburant d’aviation durable peut être produit à partir de déchets de biomasse, d’huiles usagées ou de résidus agricoles — des matières premières moins antagonistes que le pétrole brut avec les enjeux environnementaux. La demande mondiale de SAF devrait croître sensiblement : les normes européennes prévoient l’incorporation de 70 % de carburants durables dans le secteur aérien d’ici 2050.

Pour les communes environnantes — Port-Saint-Louis-du-Rhône, Fos-de-la-Mer — et les acteurs de la pêche côtière, cette mutation du port soulève des questions légitimes. Le golfe de Fos, traversé par les rejets fluviaux du Rhône et soumis à des pressions anthropiques anciennes, demeure une zone sensible. Quelles garanties environnementales ? Quel impact sur la qualité de l’air et les écosystèmes marins déjà sous surveillance ? L’Ifremer et les associations de défense du littoral comme Surfrider prendront certainement position.

Le calendrier et les volumes de production restent à clarifier. Les premiers résultats sont attendus d’ici 2025-2026. Mais cette trajectoire reflète une réalité : les ports français doivent se réinventer. Fos-sur-Mer choisit de rester un hub énergétique, mais teinte en vert. Une stratégie pragmatique, ni rupture radicale ni inertie complète — celle d’une région côtière qui négocie son avenir entre héritage industriel et urgence climatique. À l’échelle du littoral provençal, ce choix s’inscrit dans un contexte plus large : la décarbonation progressive des activités maritimes, sans sacrifice massif d’emplois, demeure l’enjeu majeur pour des territoires où l’industrie lourde structure l’économie depuis plus d’un siècle.

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