Carburant : les pêcheurs français crient l’alerte

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Carburant : les pêcheurs français crient l’alerte

Les pêcheurs artisanaux français étouffent sous le coût du carburant. Un secteur entier bascule vers l'impasse économique.

Sur les quais des ports bretons, normands et méditerranéens, le même diagnostic revient : le coût du carburant devient insoutenable. Les pêcheurs artisanaux, qui représentent la majorité de la flotte française, naviguent à la limite de la rentabilité. « Ça commence à être catastrophique », résument les professionnels qui affrontent un dilemme brutal : continuer à perdre de l’argent à chaque sortie, ou rester à quai.

Le problème n’est pas récent, mais il s’aggrave. Pour un chalutier côtier ou un caseyeur breton qui part 4 à 5 jours en mer, le gasoil représente désormais 40 à 50 % des frais d’exploitation. À Douarnenez, premier port français de pêche artisanale, les armateurs calculent chaque litre. Un jour en mer, c’est 1 500 à 2 000 euros de consommation pour un bateau de 12 mètres. Ajoutez à cela les coûts de maintenance, d’équipage et de commercialisation : la marge sur la vente du poisson, des fruits de mer ou des crustacés se réduit comme peau de chagrin. En Méditerranée, où les petits métiers de la pêche côtière travaillent à proximité des côtes varoises et ligures, la même pression écrase les armements.

Cette fragilité économique touche directement le terrain. Dans les ports des Côtes-d’Armor ou du Morbihan, où les équipages familiaux gouvernent des petits caseyeurs depuis des générations, les décisions deviennent des calculs de survie. Certains réduits leurs sorties de cinq à trois jours. D’autres remontent leurs filets plus tôt. Ces adaptations fragmentent l’approvisionnement local en poisson frais et fragilisent le maillage socio-économique des petits ports, où la criée anime encore le quotidien des communes côtières.

Les associations professionnelles tirent la sonnette d’alarme. Le secteur demande des mesures d’urgence : une aide directe aux carburants sur le modèle des soutiens octroyés ailleurs en Europe, une révision des tarifs de criée pour mieux valoriser la capture locale, ou des filières courtes qui restaurent la marge. Quelques pêcheurs testent des routes plus courtes ou des techniques moins gourmandes en énergie — une exploration qui reste marginale face à l’urgence.

Ce qui se joue à quai dépasse la simple question financière. C’est un modèle de pêche artisanale, ancré dans les territoires côtiers depuis des siècles, qui vacille. Et avec lui, une transmission de savoir-faire, une relation vivante à la mer, et une autonomie alimentaire locale que les criées modernes et la grande distribution ne remplacent pas.

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