Depuis trois quarts de siècle, la Semaine Bleue transforme Menton en laboratoire de vie côtière intergénérationnelle. Cette 75e édition ne déroge pas à la règle : balades en bord de mer, représentations théâtrales et tournois de pétanque structurent un calendrier pensé pour les publics seniors, mais qui rayonne bien au-delà. Née en 1951, cette initiative nationale trouve à Menton une incarnation particulièrement pertinente, épousant les contours d’une commune où les plus de 60 ans représentent près d’un tiers de la population.
Le format mêle mouvement et ancrage. Les randonnées pédestres épousent le littoral mentonnais, où falaises et criques alternent entre le cap Martin et la frontière italienne ; elles permettent de redécouvrir les chemins côtiers souvent oubliés par la circulation automobile. Les circuits proposés, dont le fameux sentier du Promeneur, traversent des paysages où la géographie méditerranéenne demeure lisible : citronneraies en terrasses, cabanons de pêcheurs, taches de mimosas en arrière-plan. Le théâtre, pilier culturel de ces journées, propose des créations ou reprises susceptibles de parler à ceux qui ont traversé décennies et transformations urbaines. Les tournois de pétanque, eux, restituent à la plage sa fonction première : espace de lien social et de jeu, loin des transats alignés et des parasols publicitaires.
Ce qui distingue la Semaine Bleue de Menton, c’est son ancrage territorial. Elle n’est pas qu’une programmation événementielle flottante, mais une affirmation que le littoral reste un bien commun à partager et à transmettre. En misant sur la mobilité douce, les pratiques de plage peu destructrices et les échanges informels, Menton pose une question pertinente : comment les stations côtières peuvent-elles accueillir tous les âges sans sacrifier l’authenticité de la vie maritime ? À l’heure où la Côte d’Azur voit ses plages saturées une grande partie de l’année, cet équilibre demeure fragile mais souhaitable.
Pour les collectivités du littoral français confrontées au vieillissement de leur population et à la pression touristique, ce modèle offre une piste concrète : valoriser l’accès à la mer comme service public et créateur de liens, plutôt que comme simple ressource commerciale. La Semaine Bleue le rappelle chaque année : la plage a besoin de présences vivantes, diverses, enracinées. À Menton, où le turquoise de la Méditerranée borde des rues où l’on croise autant de retraités que de touristes, cette présence diversifiée n’est pas un programme aspirationnel—c’est une réalité à préserver.