Les feux d’arrière-pays ne font pas la une des bulletins météo touristiques, pourtant ils façonnent le quotidien du littoral niçois. Ce dimanche, les sapeurs-pompiers des Alpes-Maritimes sont intervenus sur un nouveau départ de feu de broussailles, une intervention devenue presque routinière à cette période de l’année, tant la région connaît ces mobilisations répétées.
Ces foyers, qui éclosent dans les pinèdes et chênaies des pentes surplombant la Méditerranée — particulièrement entre Saint-Jeannet et la vallée de la Vésubie — constituent bien plus qu’une nuisance administrative. Ils exposent les réserves naturelles et les corridors écologiques qui alimentent les herbiers de posidonie, ces prairies sous-marines essentielles à l’équilibre de l’écosystème côtier. Lorsqu’un incendie dévaste les restanques et la couverture végétale de l’arrière-pays, l’érosion qui suit entraîne vers la mer sédiments, minéraux et polluants qui perturbent ces habitats fragiles. Les herbiers, qui s’étendent jusqu’à 40 mètres de profondeur, mettent des décennies à se régénérer.
Pour les pêcheurs et mytiliculteurs basés à Nice et ses alentours, ces événements revêtent une dimension économique réelle. La dégradation des zones côtières impacte directement la qualité de l’eau et la productivité des stocks. Les petits ports comme celui de Villefranche-sur-Mer, protégé par la baie mais vulnérable à la sédimentation, voient leur environnement affecté à chaque saison estivale particulièrement chaude. Entre 2020 et 2023, les Alpes-Maritimes ont connu une moyenne de 70 départs de feu annuels, contre 45 en 2010.
Cette mobilisation répétée des pompiers souligne les tensions croissantes entre une densité bâtie accrue, le changement climatique et la conservation d’un arrière-pays qui reste, malgré l’urbanisation, le poumon écologique de la région. Les collectivités locales, comme la commune de Nice et ses voisines, intensifient progressivement leurs campagnes de prévention et de débroussaillement préventif. Le Parc national du Mercantour, qui domine l’arrière-pays niçois, collabore étroitement avec les autorités locales pour maintenir des zones tampons.
Face à cette menace cyclique et grandissante, la stratégie mise en place reste longue haleine : nettoyage des zones boisées, aménagement des chemins d’accès pour les véhicules de secours, et sensibilisation estivale des visiteurs. Mais sans action régionale coordonnée sur l’aménagement du territoire, ces efforts demeurent fragmentés, luttant contre des causes plus profondes que les seules conditions climatiques.