Fos-sur-Mer mise sur le carburant d’aviation durable

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Fos-sur-Mer mise sur le carburant d’aviation durable

Fos-sur-Mer accueille une usine de carburant aviation durable, nouvel enjeu entre transition énergétique et préservation côtière.

Sur le port de Fos-sur-Mer, l’un des plus importants d’Europe, un nouveau chapitre s’écrit. Le projet de production de carburant d’aviation durable vient de trouver son partenaire logistique : le dépôt pétrolier DPF. Cette association stratégique entre infrastructures portuaires et expertise pétrolière marque une inflexion dans la Provence industrielle, où l’économie maritime doit se réinventer.

Fos-sur-Mer n’est pas nouvelle venue aux transformations énergétiques. Implanté à l’embouchure du Rhône, en bordure de la Camargue, le port accueille depuis les années 1960 raffineries et installations de stockage. Aujourd’hui, il traite annuellement plus de 50 millions de tonnes de marchandises. Associer un dépôt pétrolier établi à la production de carburant d’aviation — secteur en pleine mutation réglementaire — répond à une exigence européenne croissante : réduire les émissions du transport aérien en le tournant vers des biocarburants et synthétiques. Le texte « Fit for 55 » de Bruxelles impose d’incorporer 2 % de carburant durable dans les avitaillements d’ici 2025, obligation qui monte à 70 % en 2050.

Pour les acteurs du littoral provençal, cette convergence pose des questions concrètes. Les pêcheurs, ostréiculteurs et petits armateurs qui opèrent dans ces eaux — l’étang de Berre, la Méditerranée proche — observent attentivement. La multiplication des installations n’offre aucun répit aux écosystèmes côtiers déjà fragilisés par le trafic portuaire, la salinité changeante et les pressions anthropiques. Les organismes comme Surfrider Foundation et l’Ifremer documentent régulièrement la qualité des eaux : chaque nouveau projet industriel côtier exige une transparence de bilan environnemental. Les rejets thermiques, les risques de déversement accidentel, la consommation d’eau douce demeurent des points d’attention légitime.

Cette initiative reflète néanmoins une réalité pragmatique : la transition énergétique se négocie aussi sur les quais. Le port doit rester viable. Les 2 500 travailleurs portuaires, les logisticiens, les transporteurs ont besoin d’activité. Dans une région où le chômage structurel persiste, l’emploi portuaire reste un ancrage économique.

La question n’est pas l’industrie ou rien, mais quelle industrie, à quel coût environnemental, avec quels garde-fous. Les autorités locales — préfecture des Bouches-du-Rhône, conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur — doivent exiger étude d’impact rigoureuse, normes émissaires strictes, calendrier clair de déploiement. Le dossier mérite un suivi attentif des parties prenantes locales et des collectivités côtières, loin des promesses faciles comme des refus simplistes.

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