Les beach clubs sont devenus un élément structurant du tourisme balnéaire haut de gamme, particulièrement sur la Côte d’Azur et dans le Golfe de Saint-Tropez. Mais leur existence est encadrée par un dispositif juridique complexe — les concessions de plage — qui définit qui peut exploiter quoi, où et dans quelles conditions. Comprendre ce cadre permet de distinguer ce qui relève de la simple plage publique, de la plage aménagée communale, et de la concession privée.
Le Club 55 : une institution de Saint-Tropez
Le Club 55 est fondé en 1955 sur la plage de Pampelonne à Ramatuelle (Var), par Bernard et Geneviève de Colmont. Son nom vient de l’année de sa création. Initialement un simple point de restauration pour les équipes de tournage du film Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim — dans lequel jouait Brigitte Bardot — le Club 55 est devenu en quelques décennies l’une des adresses balnéaires les plus connues au monde.
La plage de Pampelonne, sur laquelle est implanté le Club 55 et une vingtaine d’autres établissements concédés, est la plus longue plage du Var (4,5 km). Sa gestion est au cœur d’un débat juridique récurrent sur la compatibilité des concessions de plage avec la loi Littoral et le principe d’accès libre au rivage. En 2019, la commune de Ramatuelle a relancé les procédures d’attribution des concessions, conduisant les établissements présents à candidater dans un nouveau cadre. Les conditions des nouvelles concessions intègrent des exigences plus strictes sur la démontabilité des installations et les surfaces occupées.
Le cadre légal des concessions de plage
Les concessions de plage sont régies par le décret n° 2006-608 du 26 mai 2006 relatif aux concessions de plage. Ce texte fixe les règles d’attribution, les conditions d’exploitation et les limites d’aménagement autorisées. Les principaux principes sont les suivants :
Durée limitée : les concessions de plage ont une durée maximale de 12 ans, non renouvelable automatiquement. À l’échéance, un nouvel appel d’offres doit être organisé, garantissant en théorie la concurrence et l’accès à d’autres exploitants.
Surface libre obligatoire : au moins 80% de la surface et de la longueur de chaque plage doit rester libre d’équipements. Cette règle s’applique à l’échelle de la commune et par plage. La surface pouvant être équipée dans le cadre de concessions est ainsi strictement limitée.
Démontabilité des installations : les installations implantées dans le cadre d’une concession ne peuvent rester en place au-delà d’une période qui ne peut normalement excéder six mois par an. Le décret prévoit des exceptions, notamment pour certains sanitaires publics et postes de sécurité. L’application effective de cette règle est variable selon les préfectures et les communes.
Accès libre au rivage : les zones concédées doivent laisser des passages piétons permettant d’accéder librement à la mer depuis la plage non concédée et depuis la voie publique.
Les différents types d’établissements de plage
Les établissements qui s’implantent sur les plages concédées ne sont pas tous identiques. Le décret de 2006 définit des catégories d’activités autorisées : restauration, activités nautiques, location de matériel de plage (parasols, transats), animation sportive. Un exploitant ne peut pratiquer que les activités autorisées dans sa concession.
Certains beach clubs proposent à la fois restauration gastronomique, location de transats premium et accès à des services nautiques (jet-ski, wakeboard), ce qui correspond à plusieurs catégories de concession. Dans ces cas, l’exploitant détient soit plusieurs sous-concessions, soit une concession multi-activités si la réglementation locale le permet.
Sur la Côte d’Azur, les prix des transats loués par les beach clubs peuvent dépasser 100 euros par personne et par jour dans les établissements les plus en vue. Ces tarifs ne concernent pas la plage publique adjacente, qui reste gratuite et libre d’accès.
La situation spécifique de la plage de Pampelonne
La plage de Pampelonne est l’exemple le plus médiatisé des tensions entre développement commercial et respect du droit du littoral. La présence d’une vingtaine d’établissements concédés sur une même plage, avec des installations qui avaient tendu à se pérenniser, a conduit à une attention accrue des autorités et à un renouvellement des procédures d’attribution des concessions.
Ce processus illustre la dynamique générale : la pression économique pousse les exploitants à pérenniser et étendre leurs installations, tandis que le droit impose leur caractère saisonnier et limité. Le contrôle effectif dépend largement des préfectures et des communes, dont les moyens et les volontés politiques varient.
Les beach clubs en dehors du Var : Bretagne, Normandie, Atlantique
Les beach clubs médiatiquement associés à la Côte d’Azur ont des équivalents moins connus sur les autres littoraux. En Bretagne, en Normandie et sur la côte atlantique, des établissements de plage existent sous formes diverses — clubs nautiques avec restauration, guinguettes de plage, postes de location — mais avec des modèles économiques différents, liés à une saison plus courte, à une météo moins favorable et à des marchés touristiques moins concentrés en dépense haut de gamme. La réglementation qui leur est applicable est identique : concession de plage soumise au décret de 2006, règle des 20%, démontabilité.
Sources
- Décret n° 2006-608 du 26 mai 2006 relatif aux concessions de plage, Légifrance : legifrance.gouv.fr
- Ministère de la Transition écologique — circulaire relative aux concessions de plage, application du décret : ecologie.gouv.fr
- Club 55 — histoire officielle, fondation 1955 : club55.fr
- Tribunal administratif de Toulon — jurisprudence concessions Pampelonne (résiliation 2019) : ta-toulon.juradm.fr
Date de contrôle des sources : 22 septembre 2026.